Je rencontre quelqu’un pour la première fois et je veux faire bonne impression. Quels seraient de bons sujets de discussion à aborder?
Pour faire une bonne impression, vous devez observer les règles suivantes : souriez, dites « MARHABA » (bonjour), et donnez une poignée de main ferme. Parfois il est approprié de donner la bise (3 fois), qui est une tradition française transmise durant la période de la colonisation de 1919-1944. Ces règles ne s’appliquent pas à une personne de sexe opposé qui suit le code vestimentaire islamique (c’est-à-dire le voile pour la femme, la barbe chez les hommes). Dans ce cas, il suffit de saluer la personne en inclinant la tête en lui disant « SALAM » (paix).
La manière la plus commune de briser la glace est de poser des questions sur la ville ou le village d’origine de votre interlocuteur (il est facile de déterminer la confession des gens selon leur lieu d’origine, ce qui les amène à se montrer prudents dans leurs propos si leur interlocuteur est de confession différente). Les confessions sont des sectes parmi les religions. Il y a 17 confessions au Liban, qui se partagent le pouvoir selon un contingentement négocié en vertu duquel le président de la République doit être un Chrétien maronite, le Premier ministre, un Musulman sunnite, le chef du Parlement, un Musulman chiite, etc.
L’humour est toujours le bienvenu, même au premier contact. Les Libanais ne sont pas du tout formels.
Les Libanais aiment donner une bonne impression en se montrant généreux (par exemple en payant l’addition dans un restaurant). Il est courant d’être invité au premier contact. Le meilleur moyen de réagir devant une telle invitation est de remercier votre interlocuteur et de la décliner poliment (justifiez votre réponse en expliquant que vous ne voulez pas le déranger). En général, votre interlocuteur insistera, auquel cas il serait inconvenant de refuser l’invitation.
Lorsque vous rendez visite à des Libanais à leur domicile pour la première fois, il est d’usage d’apporter des fleurs. Si vous êtes invité à un repas chez eux, offrez-leur des « Baklava » (gâteaux libanais), comme le veut la coutume.
Évitez de discuter de religion au premier contact. C’est un sujet très délicat au Liban. Nombre de personnes pensent que les différences religieuses ont été la cause de la guerre civile (1975 - 1990). Si le sujet est soulevé, les gens l’aborderont avec beaucoup de tact. Vous ne connaîtrez leur opinion réelle que lorsque vous serez devenus de bons amis.
La politique occupe l’esprit de tous les Libanais. Lorsque vous avez épuisé tous les sujets de conversation, vous pouvez parler de politique. Vous serez impressionné par la connaissance qu’ont les gens en général des affaires internationales. Vous verrez rarement des Libanais qui ne sont pas renseignés sur la politique mondiale, régionale et locale. Soyez prudent, parce que cela pourrait vous engager dans de très longues conversations!
Les Libanais se saluent souvent en s’embrassant trois fois sur les joues. La poignée de main est aussi la norme. Au premier contact, vos interlocuteurs locaux vous demandent habituellement qui vous êtes, ce que vous faites au pays, si vous aimez le Liban, etc. Ces préliminaires se terminent d’ordinaire au moment où ils vous disent : « Ahlan wa sahlan », qui se traduit littéralement par la jolie phrase : « Vous êtes dans votre famille », ce qui signifie essentiellement « Bienvenue ».
À cause des conflits historiques entre les sectes religieuses qui ont déchiré le Liban, il est préférable de ne pas s’enquérir de la confession religieuse de votre interlocuteur au premier contact. Les Libanais, et surtout les Beyrouthis, sont très sensibilisés, informés et politisés. La politique intérieure est cependant un sujet délicat parce que le pays est divisé et rempli d’animosité entre les groupes politiques, les sectes religieuses, les factions, etc., et vous ne pouvez pas savoir avec certitude à quel groupe appartient votre interlocuteur. Gardez ces conversations intéressantes pour plus tard, quand vous le connaîtrez mieux.
Selon votre cercle d’amis et vos opinions, il est acceptable de discuter des événements internationaux, dont l’intervention occidentale dans la région. Par exemple, j’ai constaté dans l’ONG et le secteur civil où j’ai travaillé durant la guerre du Golfe que les événements et les développements courants liés à la guerre et à l’occupation américaine de l’Iraq étaient des sujets d’intérêt commun fréquemment abordés pour amorcer une conversation (avec des collègues, des propriétaires de magasin, des chauffeurs de taxi et de nouveaux amis), à condition naturellement d’être un peu au courant de la situation et de s’y intéresser.
Certains sujets peuvent susciter une réponse négative. Je ne recommanderais pas, notamment, de manifester de la sympathie envers des forces d’occupation, qu’il s’agisse de la Syrie (un sujet dangereux et source de division au Liban), de l’état d’Israël et de sa politique étrangère (largement condamnée) ou de l’occupation américaine de l’Iraq. Ce sont-là des questions « interdites » dans les conversations et les réunions au premier contact. Il est important de souligner, qu’en tant que Canadienne résidant au Liban durant la guerre du Golfe, je n’ai jamais observé de sentiment anti-occidental et, en général, les gens étaient heureux d’avoir des Occidentaux dans le pays. De fait, les Libanais prenaient souvent cette présence pour un signe de solidarité.
Il est à la fois poli et courant de s’enquérir de la famille et de discuter de questions familiales. Ce sont là d’excellents sujets de conversation. Vos interlocuteurs libanais apprécieront beaucoup que vous demandiez des nouvelles des membres de leur famille sur une base régulière. La vie au Liban, en effet, tourne autour de la famille et cela est vrai pour la plupart des Libanais, malgré la diversité des religions et des coutumes.
Que dois-je savoir à propos des communications verbales et non-verbales?
Comme le Liban est une société moyen-orientale, les gens sont généralement chaleureux et cordiaux, au point qu’ils ont une très petite bulle de vie privée. Lorsqu’ils discutent, ils se tiennent très près de leurs interlocuteurs.
Toucher ses interlocuteurs au cours d’une discussion est très fréquent. Une tape sur l’épaule ou tenir l’autre par la main est courant entre personnes de même sexe. Ces gestes n’ont aucune connotation sexuelle et ne sont qu’une marque d’amitié.
Il est important d’éviter un contact visuel trop long, particulièrement avec les personnes âgées, parce que c’est un signe de provocation.
« Oui et non » : Le geste de la tête pour signifier un « non » au Liban ne consiste pas à tourner la tête de gauche à droite, comme le font la plupart des gens au Canada. Les Libanais lèvent les sourcils ou le menton en inclinant légèrement la tête vers l’arrière. Le geste peut s’accompagner du son « Tsk » fait avec la langue collée aux dents antérieures. Il peut paraître inconvenant pour ceux qui n’y sont pas habitués, mais il n’y a pas lieu de s’offusquer, puisqu’il exprime simplement un « non ». Le geste de la tête qui signifie « non » au Canada sert plus souvent au Liban à indiquer que vous ne comprenez pas ce qu’on vous dit. Au cas où vous l’utiliseriez, la personne à qui vous parlerez comprendra probablement que vous signifiez « non » si elle sait que vous êtes un étranger.
« Attendez un instant » et « venez ici » : Lorsqu’une personne tend la main vers vous la paume tournée vers le haut, les doigts serrés ensemble signifie que la personne demande que vous « attendiez un instant ».
Au Liban, le geste indiquant « venez ici » est fait la main tendue, la paume tournée vers le bas en remuant les doigts vers soi. Le geste canadien qui consiste à tendre la main, paume tournée vers le haut et à remuer un doigt courbé vers soi est impoli et peut être interprété comme une invitation à se battre (ou à avoir une activité sexuelle, si une femme fait ce geste à un homme). De plus, si vous êtes une femme, les hommes musulmans conservateurs ne vous serrent pas la main, mais placent plutôt la main sur leur poitrine pour vous saluer comme le veut leur bienséance.
Le contact visuel suit à peu près les mêmes règles qu’au Canada, sauf en ce qui concerne les clins d’oeil. Le clin d’oeil est vu comme une invitation sexuelle au Liban et doit être évité. Les hommes et les femmes doivent être au courant des stéréotypes qui s’appliquent au Liban sur la promiscuité occidentale.
Les démonstrations d'affection, de colère ou d'autres émotions sont-elles acceptables en public?
Les démonstrations d’affection en public entre deux personnes de sexe opposé sont de plus en plus fréquentes parmi les jeunes générations. Néanmoins, ces comportements ne sont pas appréciés par la société et ils ne s’observent qu’en certains endroits tels que les universités, les clubs, etc. Une grande partie de la société libanaise est religieuse et peut juger inacceptable toute démonstration d’affection en public entre deux personnes de sexe opposé.
Toutefois, les gens laissent parfois libre cours à leurs émotions quand ils accueillent un parent ou un vieil ami, même en public, et dans ce cas, ils parlent fort, pleurent et rient bruyamment.
Pour ce qui est des démonstrations de colère, on les voit tous les jours (par exemple, lors des accidents de circulation). Le code de la route est rarement observé, l’assurance-automobile n’est pas obligatoire et tout le monde est pressé. À l’occasion, les choses tournent au vinaigre. Notez que la plupart des gens parlent fort. Cela n’est pas de la colère; c’est la manière des hommes de mener une conversation! Observez aussi les expressions faciales pour bien évaluer la situation.
Les hommes n’embrassent pas habituellement une femme qu’ils ne connaissent pas sur la joue. Après avoir fait sa connaissance toutefois, cela est acceptable et peut être fait. Les démonstrations d’affection entre hommes et femmes ne se font généralement pas en public, et si elles se font, elles attirent les regards et sont désapprouvées. Par rapport au Canada, les Libanais sont plus émotifs en public et il est courant de voir des débordements de colère (particulièrement dans le trafic et à cause de la façon de conduire des Beyrouthis). Il s’agit habituellement de débordements brefs et rapides, toutefois, et la plupart du temps entre hommes, sans impliquer de femmes. Pour calmer les choses, les hommes peuvent prononcer le terme « habibi » qui signifie littéralement « mon chéri », comme moyen de montrer qu’ils ne sont pas fâchés, que personne n’a perdu l’honneur et que les parties en conflit peuvent poursuivre leur chemin. « Habibi » est aussi utilisé entre amis ou couples et comme moyen de remercier une personne pour une faveur ou un geste de générosité. Les femmes toutefois ne doivent pas utiliser ce terme lorsqu’elles s’adressent aux hommes.
Que dois-je savoir à propos du milieu de travail (la tenue vestimentaire, les délais, la formalité, etc.)?
Le code vestimentaire diffère d’un milieu de travail à l’autre, mais en règle générale, les Libanais sont très portés sur l’apparence. La plupart des gens, hommes et femmes, portent des vêtements à la mode et au goût principalement européen. Dans un milieu administratif, les hommes portent le complet et la cravate. Les femmes portent des robes et sont maquillées. Les titres sont principalement utilisés pour s’adresser aux aînés, aux représentants officiels et aux gestionnaires. Par exemple, vous pourrez appeler votre gestionnaire « Istez » (monsieur). La tendance actuelle est de supprimer ces titres (l’ancien président de la République, Hrawi, a éliminé le titre de ministre et d’autres titres de postes supérieurs du gouvernement). Vous observerez cette tendance dans les entreprises multinationales qui recrutent des personnes jeunes, éduquées et qui ont étudié dans des pays occidentaux ou qui ont été autrement exposées à la culture occidentale.
Peu de gens sont ponctuels aux réunions et aux rendez-vous (pour être juste, il existe un trop grand nombre de variables dans la vie quotidienne au Liban qui rendent les horaires serrés impossibles à suivre). Il est fréquent d’arriver 20 minutes en retard à un rendez-vous ou à une réunion.
L’absentéisme n’est pas toléré dans les organismes privés, alors qu’il est fréquent dans les institutions publiques. Il y a eu de nombreuses améliorations dans le secteur gouvernemental, mais le système demeure lent et inefficace.
En général, les Libanais s’habillent bien, ce qui veut dire qu’ils ne portent pas souvent des vêtements décontractés dans les bureaux ou les réunions sociales. Les gens sont très soignés et les femmes sont souvent maquillées. Le Liban, et Beyrouth en est un exemple, est un pays de contrastes en ce qui a trait à l’habillement. Toute la gamme de vêtements s’y retrouve allant de la minijupe au tchador (voile qui couvre entièrement la femme). Dans le monde des ONG, un habillement soigné, soit une « tenue de ville » est courant et acceptable. La règle générale qui est de s’habiller de façon propre et soignée est un moyen de démontrer du respect envers les autres.
Selon le lieu de résidence, les femmes doivent parfois se vêtir de façon plus conservatrice pour ne pas attirer l’attention. À Beyrouth, tout se porte en général, mais si vous êtes dans un secteur religieux et conservateur, vous vous sentirez mal à l’aise de marcher dans les rues en minijupe, si vous êtes une femme occidentale. (Noter que ces réponses supposent une perspective plus urbaine, mon expérience se limitant à la ville de Beyrouth.)
Pour ce qui est de la notion du temps, l’attitude est plus relâchée en ce qui a trait aux délais, par exemple, qui souvent (mais pas toujours) ne sont pas observés. Comme il est impossible de prédire quand ils le seront, il est préférable de s’en tenir à ce que les gens vous disent et de suivre le courant, si les choses ne se passent pas selon les horaires planifiés. Une attitude ouverte envers un changement rapide de plans et la capacité de maîtriser des situations ambiguës est une nécessité lorsqu’on travaille au Liban.
Quelles sont les qualités les plus recherchées chez un supérieur/directeur local? Comment saurais-je de quelle façon mon personnel me perçoit?
L’éducation est jugée importante au Liban. Les postes de gestion sont souvent occupés par des titulaires de doctorats (même si leur thèse a porté sur des sujets qui n’ont rien à voir avec les exigences du poste). Il est évident que vous serez plus respecté si vous détenez un diplôme universitaire (surtout d’un pays occidental).
Comme au Canada, le leadership et l’expérience peuvent augmenter votre statut auprès de vos employés. Néanmoins, le style de leadership est différent. En règle générale, la communauté libanaise est dirigée selon un modèle paternaliste de leadership. Les parents (le père principalement) ont le dernier mot, sans laisser de place à la discussion. Ce modèle transpire beaucoup dans les styles de gestion; il y a peu de latitude pour débattre une question avec un gestionnaire, qui pourrait y voir une menace à son autorité (dans la plupart des cas).
Les aptitudes à communiquer sont plus importantes que le rendement d’une personne. Un employé accessible peut obtenir la coopération et le respect de son groupe, même s’il ne travaille pas fort. En général, les Libanais sont plus sociables que les Occidentaux. Par exemple, il est inconvenant de téléphoner à une personne et d’aborder directement une question d’affaires ou d’administration, sans commencer par des préliminaires à caractère social, et poser des questions sur la famille, la santé, etc.
Un ressortissant étranger originaire d’un pays occidental est respecté et considéré comme le modèle à suivre d’une civilisation qui a réussi. Un Libanais qui a une expérience ou une formation occidentales est très apprécié dans la société.
La situation est différente si l’étranger vient d’Asie ou d’Afrique. Malheureusement, la plupart des immigrants non qualifiés au Liban proviennent de ces deux continents. Les gens se sont donc habitués à associer certaines professions à certaines nations, par exemple les Syriens, à la construction, les Sri Lankais, aux tâches domestiques, etc. Le résultat est un mélange de manque de respect et d’arrogance, qui rend difficile l’accès à des postes supérieurs de personnes qualifiées venant de ces continents.
Des postes de leadership ou d’autres postes d’autorité sont souvent atteints par des moyens autres que les études, les qualités ou les compétences professionnelles. Leurs titulaires y parviennent fréquemment grâce à leurs affiliations ou à des contacts puissants (« wasta »). Naturellement, cela n’est pas toujours le cas, mais c’est un fait largement reconnu et discuté.
Le statut, acquis par ses propres moyens ou conféré par la direction, suscite l’obéissance et la manifestation ouverte (sinon tacite ) de respect du personnel. Cela ne veut pas dire que les études et le professionnalisme ne sont pas reconnus ni respectés; disons qu’ils ne suffisent pas nécessairement pour accéder à des postes de leadership.
Comme j’ai pu le constater, un leader en milieu de travail libanais, qu’il s’agisse d’un ressortissant étranger ou d’un Libanais, remplit un poste qui demande un degré élevé de suivi et de contrôle du travail des subordonnés. Cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas capables de travailler, mais que les Libanais ne peuvent pas prendre d’initiative et doivent se cantonner à leurs fonctions. L’esprit d’initiative, en effet, pourrait être mal accepté par le leader qui y verrait une menace à son égard, et c’est pourquoi les employés de niveau inférieur se gardent bien, en général, de le manifester.
Au travail, comment sont prises les décisions et qui les prend? Est-il convenable d’aller consulter mon superviseur immédiat pour obtenir des réponses ou de la rétroaction?
Dans les institutions publiques, les décisions au niveau supérieur sont prises unilatéralement par la direction. La rétroaction verticale ou les suggestions ne sont ni bienvenues, ni transmises.
Les décisions aux niveaux inférieurs sont discutées en groupe. La plupart du temps, malheureusement, ce n’est là qu’un exercice de relations publiques, dont l’issue est dictée par la direction.
Notez que la direction dans ce cas, même si elle comprend plusieurs membres, est une seule et même personne, dont relèvent tous les autres membres.
Les nouvelles idées sont traitées au cas par cas. La plupart du temps, les idées prometteuses sont adoptées par la direction, qui les approprient ensuite.
Le même modèle s’applique dans la plupart des institutions privées, que ce soit des organismes, des partis politiques ou des entreprises familiales. Par défaut, les actionnaires et la direction sont une seule et même personne. Les organismes multinationaux font exception et en général, ils ont leur propre culture, qui ne change pas d’un pays à l’autre.
On s’attend toujours à ce que vous consultiez votre superviseur pour une orientation. La délégation de pouvoirs se fait très tard dans tous les processus et les décisions sont prises alors par le subordonné, au besoin. Les conséquences de ces décisions détermineront la façon de réagir du superviseur, qui rejettera toute responsabilité si elles se révèlent mauvaises.
Ceci dit, il n’est pas surprenant de trouver frustrants les milieux de travail libanais. La politique et le favoritisme détruisent le moral des travailleurs. Certains gestionnaires équitables s’attaquent à ces problèmes pour réaliser plus tard que leurs supérieurs ne feront rien afin de respecter l’ordre établi. Pour comprendre les origines de ce problème, vous devez étudier le système politique libanais décrit par les responsables eux-mêmes, comme étant corrompu et improductif du haut en bas de la hiérarchie.
(Voir ci-dessus.) La meilleure règle de conduite est d’admettre que les systèmes informels, comme les relations personnelles, sont plus importants habituellement que les systèmes soi-disant objectifs ou formels auxquels les Canadiens sont plus habitués, lors des négociations relatives au travail, à la prise de décisions et au statut en milieu de travail. Il ne faut pas s’étonner alors que les décisions soient prises sur la base d’intérêts ou d’affiliations personnelles ou d’appartenance à un clan. Cela peut sembler vide du point de vue des normes officielles et des règlements formels. Lorsqu’on utilise un autre cadre de référence qui tient compte des relations personnelles, de l’appartenance à une religion ou à une secte, les décisions peuvent paraître sensées. L’élément clé ici est d’éviter de juger trop vite ce qui est mieux ou mal. Cela ne vous interdit pas d’avoir une opinion, mais il est préférable de demeurer ouvert aux différents aspects du travail, jusqu’à ce que vous ayez une compréhension plus approfondie de la vie quotidienne et du travail au Liban.
Décrivez brièvement l’attitude des gens de l’endroit à l’égard des facteurs suivants et leurs répercussions en milieu de travail : L’égalité des sexes, la religion, les classes sociales, et l’origine ethnique.
Égalité des sexes : L’égalité des sexes est un sujet très débattu au Liban. Étant exposés à la culture européenne, la plupart des Libanais aimeraient changer le système en place, même si un certain progrès a été réalisé. Par exemple, les femmes ne sont pas exclues de quelque emploi que ce soit (même de l’armée). La plupart d’entre elles finissent leurs études, ce qui leur donne un sens d’accomplissement. Au cours des dernières années, il est devenu nécessaire d’avoir deux revenus par ménage en raison des difficultés économiques que le pays traverse. La contribution des femmes à la vie économique est aussi appuyée par les leaders religieux, qui demandent uniquement un équilibre entre le travail et la famille; aussi est-il courant de trouver des femmes dans des emplois à plein temps, même lorsqu’elles sont mariées et qu’elles ont des enfants. Cependant, à certains égards, les femmes sont défavorisées au plan juridique, notamment en matière de transmission des droits de citoyenneté à leurs enfants, si le père n’est pas Libanais.
Notez qu’il est inacceptable au Liban de discuter de l’homosexualité ou de l’afficher. La religion et la culture ont tracé les limites à ne pas franchir.
Religion : La religion est le sujet le plus controversé au Liban. Officiellement, 17 confessions sont enregistrées au Liban et ce sont elles qui attirent le plus d’attention dans la vie politique et sociale. Néanmoins, d’autres idéologies et professions de foi existent aussi (en raison principalement de voyages fréquents et de vagues d’immigration massives depuis le début des années 1900).
Un grand nombre de personnes jugent que la religion est responsable de la guerre civile (1975 - 1990). Ceux qui ont dirigé la guerre ont joué sur les émotions du peuple et l’ont effrayé en soulevant le spectre des dangers posés par les autres religions. C’est autour de la religion (et non pas du nationalisme) que les différents partis politiques ont resserré leurs rangs. Néanmoins, à mi-chemin au cours de la guerre, les adeptes d’une même religion ont commencé à se battre entre eux et même des athées se sont joints à des milices aux affiliations religieuses! Tout cela laisse supposer que la guerre a été causée davantage par un sentiment tribal d’appartenance à une religion que par l’idéologie véhiculée par les religions.
Le processus de sélection d’emploi souffre de favoritisme sur des bases religieuses. Les employeurs recrutent de préférence des gens de même confession (et de même religion).
Classe : La classe moyenne a été prédominante au Liban jusqu’à ce que la guerre civile éclate. Aujourd’hui, elle se développe en une classe en cours d’appauvrissement, parallèlement à une classe supérieure qui s’enrichit. Il reste encore quelques vestiges des mouvements socialistes qui ont marqué les années 1960 et 1970. Un groupe religieux important a adopté la lutte pour l’égalité socio-économique comme plate-forme politique. Néanmoins, le Liban est un pays capitaliste sans système de sécurité sociale. Aucune mesure n’a été prise par le gouvernement pour réduire l’écart entre les classes.
Origine ethnique : Les Libanais sont tous de la même origine ethnique. Une exception toutefois : des immigrants arméniens se sont installés au Liban au cours de la Première Guerre mondiale. Tous sont naturalisés, mais ils préfèrent vivre dans leur propre quartier. Ils sont reconnus pour leur compétence et leur travail ardu.
Égalité des sexes : Le Liban se caractérise par un degré élevé d’ouverture et de liberté à l’égard des femmes par rapport à d’autres pays de la région. Cela dépend naturellement de la secte religieuse à laquelle elles appartiennent, mais en général, elles ont une liberté de mouvement plus grande que dans le reste de la région. Ceci dit, il y a des contradictions solidement enracinées. De fait, les Libanaises souffrent plus que partout ailleurs dans le monde arabe de discrimination sur le plan juridique. Et, ironiquement, le mouvement féministe au Liban a obtenu moins de changements en ce qui a trait aux droits des femmes que dans d’autres pays, tels que l’Algérie ou le Maroc, par exemple.
Les raisons sont à la fois profondes et théoriques, mais on peut dire en général que la majeure partie de la société libanaise est structurée autour de normes patriarcales et de systèmes familiaux qui privilégient les hommes par rapport aux femmes et les aînés par rapport aux jeunes. Cela fait partie de la structure familiale et se répercute sur les lois et les milieux de travail dans tous les secteurs (commerciaux, universitaires, gouvernementaux ou organismes sans but lucratif). Les postes de gestion supérieure sont très rarement confiés à des femmes. Celles-ci sont souvent ignorées en ce qui a trait aux promotions et aux augmentations de salaire, parce qu’elles ne sont pas vues comme des soutiens de famille, et qu’on suppose qu’elles seront (ou qu’elles sont) mariées et qu’un homme prend soin d’elles. Leurs carrières sont jugées secondaires par rapport à leurs fonctions premières de mères et de femmes au foyer.
Même si les femmes ont fait des progrès en ce qui concerne les études (50% des étudiants universitaires sont des femmes), elles sont peu représentées dans les secteurs politiques et les postes de leadership. Seulement 3 des 128 députés sont des femmes, soit un des taux les plus bas au Moyen-Orient.
Religion : Il s’agit là de l’élément caractéristique de la société libanaise qui est la plus diversifiée sur le plan religieux au Moyen-Orient. On compte dix-sept sectes religieuses ou confessions différentes, chacune possédant ses propres institutions et ses tribunaux religieux. Le pouvoir étatique est réparti entre ces confessions (50-50 entre les diverses sectes musulmanes et chrétiennes), ce qui correspond à la taille démographique des deux communautés. La distribution actuelle du pouvoir a été négociée à la suite d’une guerre civile qui a duré 16 ans. Il existe encore des tensions considérables entre les sectes religieuses, bien que personne ne veuille la guerre de nouveau. L’entente sur le partage du pouvoir étatique est précaire et toutes interrogations qui pourraient être vues comme un défi ou une remise en question du système sont potentiellement explosives et évitées, sinon réprimées par les élites politiques et religieuses. Un exemple frappant est que le Liban n’a pas mené de recensement national depuis 1932.
Dans le milieu de travail, tous les collègues sont au courant de l’appartenance religieuse ou de la secte à laquelle appartiennent leurs collègues et leurs supérieurs. En tant qu’étranger, vous aurez peut-être du mal à le savoir ou à le déterminer parce qu’il y a là un système de relations et de statuts non officiels qui ne peut être décelé et compris qu’avec le temps.
Classe : La classe socio-économique est une question ignorée au Liban, puisque la plupart des études portent sur le confessionnalisme religieux. Il existe un écart considérable entre les riches et les pauvres qui s’accroît au fur et à mesure que le Liban s’efforce d’acquérir une plus grande part de marché dans l’économie mondiale. Un aspect de la classe qui affecte les relations en milieu de travail est la prédominance des relations patron-client. Il s’agit de relations selon lesquelles le patron, la personne qui occupe le statut social le plus élevé ou la personne plus aisée au plan financier, s’occupe du client (répond à ses besoins et offre une protection) en échange de sa loyauté. Ce système est omniprésent dans plusieurs secteurs de la vie au Liban, dans les villages comme dans les villes et dans les organismes de la société civile, le gouvernement et le secteur privé.
Origine ethnique : L’origine ethnique est étroitement liée à la confession au Liban et les points décrits ici sur l’appartenance religieuse s’appliquent aussi. Il faut souligner qu’il existe plusieurs travailleurs internationaux originaires de pays tels que la Syrie, le Soudan, l’Éthiopie, les Philippines et le Sri Lanka qui vivent au Liban et qui occupent les emplois les plus mal payés et de niveau inférieur (ils constituent, par exemple, la main-d’oeuvre domestique, la main-d’oeuvre de services de nettoyage, la main-d’oeuvre ouvrière). Ces travailleurs font l’objet d’un degré élevé de racisme et de mauvais traitements, notamment les femmes et les Sri Lankais. Je vous recommande de faire des lectures sur cette question, surtout si vous occupez un poste dans lequel vous recruterez des gens pour de tels emplois.
À quel point est-il important d’établir une relation personnelle avec un collègue ou un client avant de faire des affaires avec cette personne?
Les affaires et le plaisir se mêlent au Liban et il est donc très important d’établir une bonne relation avec un collègue ou un client. Le meilleur moyen de le faire est de montrer de l’intérêt à l’égard de l’interlocuteur, plutôt que des questions à débattre. Vous marquerez des points en commençant toujours une discussion d’affaires par un bavardage à caractère social. Les invitations sociales sont aussi courantes.
Il n’est pas essentiel d’établir une relation personnelle avec un collègue avant de traiter avec lui, tout du moins dans le secteur non gouvernemental. Selon mon expérience, la situation est l’inverse: les réunions étaient tenues et conduites selon des règles et dans des cadres très professionnels et uniquement après plusieurs activités sociales. En m’engageant dans ces activités sociales, toutefois, j’ai trouvé extrêmement agréable et très valorisant d’établir de bonnes relations avec mes collègues. Les Libanais sont d’ordinaire très hospitaliers et font tout en leur possible pour vous mettre à l’aise. Avec les collègues, cette attitude est démontrée après le travail ou les affaires. Je vous donne un exemple de mon expérience en matière d’entrevue. Je prenais rendez-vous avec les gens, menais des entrevues, longues et parfois intenses, puis les candidats m’invitaient souvent chez eux, au marché ou à une visite impromptue. J’ai été continuellement surprise par leur générosité et leur hospitalité à cet égard (et appris qu’il ne fallait pas planifier les choses dans le détail!).
Un collègue ou un employé s’attendrait-il à avoir des privilèges spéciaux ou à recevoir une considération spéciale en raison de notre relation ou de notre amitié?
En général, les Libanais s’attendent à des faveurs particulières en raison d’une bonne relation personnelle, mais les gens à qui elles sont demandées réagissent en faisant beaucoup de promesses!
Je vous conseille de nouer de bonnes relations, sans répondre aux demandes de favoritisme. Il est impossible de satisfaire tout le monde et les attentes augmenteront avec les concessions que vous ferez.
Oui, il est fréquent que les gens s’attendent à des « privilèges spéciaux » en raison d’un contact ou d’une relation personnelle que vous avez avec eux. Des Canadiens pourraient trouver cela difficile à accepter, mais c’est la façon de faire dans plusieurs aspects du travail et de la vie au Liban.
De nombreuses personnes font allusion à des « fiches » non-officielles où l’on enregistre le nombre de faveurs que vous avez accordées, qu’on vous a accordées, etc. En tant que travailleuse dans une ONG axée sur le développement, j’ai effectivement aidé des personnes à obtenir des réunions avec des gens de haut niveau, auxquels j’avais accès. J’ai apprécié le faire et aider de cette façon; c’était dans mes capacités et je ne me suis pas sentie mal à l’aise en demandant ces entrevues. Dans d’autres cas, par contre, où mes interlocuteurs me demandaient d’intervenir pour leur obtenir un visa, je leur ai expliqué que je n’avais aucun « pouvoir », que le système d’octroi de visas était basé strictement sur l’application de règlements officiels sur lesquels je n’avais aucune influence, même en tant que citoyenne canadienne. Lorsque cela a été le cas, j’ai offert mon aide pour remplir des formulaires ou trouver des renseignements, mais je n’ai pas dépassé ces limites.
J’ai un problème relié au travail avec un collègue. Est-ce que je dois le confronter directement, publiquement ou en privé?
En général, vous ne devrez pas confronter une personne, si vous êtes en conflit avec elle. Il n’est pas inhabituel de faire appel à un ami commun, qui examinera le problème et agira comme médiateur. Si vous devez affronter un collègue, faites-le en privé; votre attitude devrait être celle de quelqu’un désireux de sauvegarder une bonne relation de travail.
Un comportement ou des réactions plus formels qu’à l’habitude sont un signe de problèmes dans une relation. Les rumeurs suivront.
Chaque situation peut être particulière, mais j’ai constaté que la meilleure approche pour traiter des problèmes liés au travail était d’abord d’attendre que le problème se résolve de lui-même (c’est-à-dire le tolérer, dans des limites acceptables). Si cela ne donnait rien, j’approchais la personne concernée en privé, de façon diplomatique, poliment et directement. En d’autres mots, je choisissais mes « batailles » soigneusement, pour ne traiter uniquement que des problèmes que je jugeais intolérables ou évidemment injustes. Il y avait là tout un défi à relever pour moi parce que je préfère aborder les choses directement, mais en fin de compte, c’est la méthode que j’ai trouvée la plus efficace. Ceci dit, il est important d’établir les limites à ne pas dépasser et de vous y tenir fermement dans certains cas, surtout si vous soupçonnez qu’on cherche à profiter de vous.
Qu’est-ce qui motive mes collègues locaux à donner un bon rendement au travail?
Le salaire, la possibilité d’acquérir de l’expérience sur le tas, le prestige du poste, les relations personnelles avec les employés et la crainte de perdre son emploi sont des facteurs de motivation des Libanais.
En général, la crainte de l’échec, la loyauté personnelle ou la subordination au propriétaire ou gestionnaire ainsi que les pressions externes venant de la famille ou de personnes en poste d’autorité jouent un rôle dans la motivation des gens à bien faire leur travail.
Certains Libanais sont motivés par les valeurs, une bonne déontologie, le désir de réussir et d’être respecté dans le chemin de carrière choisi; toutefois, d’autres accordent plus d’importance à leurs affiliations.
Pour m’aider à en apprendre davantage à propos de la culture, pouvez-vous recommander : des livres, des films, des émissions de télévision, de la nourriture et des sites Web?
La plupart des livres publiés sur le Liban portent sur la guerre civile. C’est un sujet sur lequel circule beaucoup d’informations. Une bonne référence serait le livre de Robert Fisk, The Fate of a Nation.
Je recommande des lectures sur l’Islam, les Druzes et les Maronites. L’Islam est un sujet brûlant aujourd’hui et il ne serait pas difficile de trouver des livres qui en traite. Plusieurs institutions islamiques du Canada, telles que la SIAN (Société islamique d’Amérique du Nord) seront heureuses de vous offrir gratuitement des documents et des brochures. La religion druze n’est présente qu’au Liban et en Syrie. C’est un amalgame de bouddhisme, de judaïsme et d’Islam. L’Église maronite est la confession chrétienne prédominante au Liban. Elle tient de Saint- Maroon, né autour du XVe siècle de notre ère.
Pour ce qui est des auteurs libanais, l’un des meilleurs est Jubran Khalil Jubran (ou Gibran Khalil Gibran), qui a écrit Le prophète (un livre traduit dans plusieurs langues, dont l’anglais).
Pour ce qui est des films, West Beirut serait un bon début.
Je conseille absolument de louer le film West Beirut qui décrit une belle histoire impliquant deux garçons au début de la guerre civile. Louez aussi le film suédois intitulé Jallah Jallah qui porte sur une famille libanaise vivant en Suède et qui décrit l’histoire romantique d’un jeune Libanais qui se débat entre ses identités suédoise et libanaise. Il s’agit là d’une situation dans laquelle se trouvent beaucoup de Libanais, puisqu’un très grand nombre d’entre eux ont grandi dans des pays occidentaux.
Romans de non-fiction : Je vous recommande Pity the Nation, de Robert Fisk; A House of Many Mansions, de Kamal Salibi; Too Many Enemies: The Palestinian Experience in Lebanon, de Rosemary Sayigh; et Class and Client in Beirut, de Michael Johnson.
Romans fiction : Lisez Beirut Blues et The Story of Zahra, de Hanan Al Shayk; et The Rock of Tanios, d’Amin Maalouf.
Dans ce pays, j’aimerais en savoir plus sur la culture et sur le peuple. Quelles activités pouvez-vous me suggérer?
Le Liban est réputé pour sa beauté naturelle et sa chaîne de montagnes verdoyantes le long d’une côte qui passe des plages de sable, puis de gravier, à un littoral rocheux. Pour nommer quelques sites, vous pourriez visiter la « Roche », sur la côte à Beyrouth et les cavernes « Jeeta » à Kisserwan.
Il y a un grand nombre de monuments et d’immeubles historiques à voir qui datent des ères romaine, ottomane et mamelouk. Le Musée dans la région de Badaro et la ville de Beyrouth sont deux bons sites où commencer vos visites.
Les spécialités culinaires sont ce que le Liban a de mieux à offrir. Vous serez impressionné par la sophistication de la cuisine libanaise. Beyrouth à elle seule compte des milliers de restaurants. Le centre-ville de Beyrouth, nouvellement reconstruit, comprend une grande variété de restaurants aux cuisines internationales à des prix acceptables. Commencez par le Carré « Nimjeh », en face du Parlement.
Théâtre : Aller au théâtre vous aidera à vous familiariser avec la culture libanaise. Les comédies sont les plus populaires. Des représentations en anglais et en français sont rares, mais il y en a parfois. Certains théâtres offrent des spectacles solos qui utilisent diverses formes artistiques de communication (semblables au mime) plutôt que le langage (par exemple « Rafik Ali Ahmad »).
Journaux : Plusieurs quotidiens et journaux locaux sont publiés en français, comme L’Orient Le Jour ou en anglais comme le Daily Star.
Radiodiffusion : Des stations de radiodiffusion FM émettent en français comme la « Radio Mont Liban » et en anglais comme « Radio One ».
Sports : Pour ce qui est des sports, le football (soccer) est le plus populaire (Ansar et Nijmeh sont les deux meilleurs clubs et attirent chacun le plus grand nombre de partisans). Le basket-ball vient au second rang et il est particulièrement répandu parmi les étudiants et la classe supérieure.
Beyrouth ne manque pas d’événements culturels. Au mois de mai, j’ai compté cinq festivals du film qui ont eu lieu à Beyrouth. Parlez aux gens, inscrivez-vous sur les listes de groupes de discussions sur le Web et lisez les journaux pour vous renseigner sur les lectures à faire, les livres, la musique et les films à Beyrouth et dans le reste du pays. Beyrouth est une ville vivante et excitante à visiter à cet égard. À l’extérieur de Beyrouth, Beitaddine et Baalbek ont d’excellents festivals de musique en été. En général, surveillez le Daily Star pour plus d’information sur les événements (consultez la dernière page de l’édition en libanais) ou essayez d’obtenir une liste des groupes sociaux ou d’activistes.
Les festivals du film comprennent: le Festival du film palestinien, le Festival du film documentaire « Docudays » et le Festival du film européen. Le groupe activiste progressiste « Direct Ligne » travaille aussi en collaboration avec l’Institut de la femme dans le monde arabe pour tenir un Festival annuel du film des femmes qui a lieu habituellement en mai.
Des expositions d’arts sont continuellement offertes à la « Zicco House », située à Sanayeh, en face de l’Immeuble de la Sécurité générale. Renseignez-vous sur ces expositions intéressantes et permanentes.
Vous pourriez écrire un livre sur l’histoire et l’évolution politiques du Liban en fréquentant les cafés (un bon projet pour qui en aurait le temps!).
Qui sont les héros nationaux de ce pays?
Il est difficile d’avoir un consensus sur la question. Chaque groupe religieux considère ses pionniers comme des héros. Ceux que la majorité respecte sont des auteurs fameux, tels que Jubran Khalil Jubran et des chanteurs, dont Fayrouz.
Le choix des héros au Liban est une question extrêmement complexe, puisque la réponse qu’on pourrait en donner dépend de la communauté, de la secte religieuse et de la région d’origine des gens. Pour ce qui est du Sud et de la plus grande partie du pays, l’un des principaux héros nationaux est naturellement Hizb’allah, qui a libéré le sud du Liban de l’occupation israélienne, en mai 2000. Mis à part ce héros, les choses deviennent plus compliquées. Une personne que l’on pourrait considérer sans doute comme une héroïne, étant donné qu’elle est très aimée de tous, est la chanteuse libanaise Fairouz. Écoutez sa musique et vous serez piqué de romantisme pour le Liban.
Y a-t-il des événements historiques communs entre ce pays et le Canada qui pourraient nuire aux relations sur les plans professionnel et social?
Le Canada est hautement considéré par les Libanais parce qu’il a accepté de nombreuses vagues d’émigrants libanais au cours de la guerre civile. À un moment où tous les pays durcissaient le ton envers les Libanais, le Canada leur a ouvert la porte. Des milliers de Libanais émigrent encore chaque année au Canada.
Ce qui lie le Canada au Liban est le fait qu’il y ait eu une diaspora considérable de Libanais au Canada. Vous rencontrerez certainement des gens qui connaîtront quelqu’un ou auront des parents qui vivent à Montréal ou à Toronto (Montréal plus particulièrement). Cela joue en votre faveur, puisque c’est là une raison importante pour laquelle les Canadiens sont si chaudement accueillis dans le pays.
Quels sont les stéréotypes entretenus par les Canadiens à propos de la culture locale qui pourraient nuire à des relations efficaces?
Les Canadiens sont vus comme des gens qui suivent toujours les règles et, par conséquent, montrent peu de souplesse.
Il s’agit là d’une bonne question, étant donné le contexte politique mondial actuel. Parmi les stéréotypes envers les Libanais figurent des étiquettes qui les qualifient de terroristes, de fondamentalistes islamiques ou de gens qui détestent l’Occident ou qui ne veulent pas de la démocratie. Il y a aussi une perception que la vie au Liban est très dangereuse et que tout ce qui s’y fait, du gouvernement à la politique et aux affaires, est corrompu.
Votre interprète culturel a grandi à Beyrouth, la capitale du Liban, où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Il est l'aîné d'une famille de trois enfants. En 1996, il a obtenu un baccalauréat en sciences de l'Université américaine de Beyrouth. En 1999, il s'est installé pendant un an au Royaume-Uni, afin d'y étudier à l'Université de Newcastle. En 2000, il a immigré au Canada pour poursuivre des études à l'Université de Toronto (Ontario). Il réside et travaille actuellement à Alliston (Ontario).
Votre interprète culturelle est née dans une petite ville appelée Antigonish, en Nouvelle-Écosse (Canada). L'aînée d'une famille de deux enfants, elle a grandi dans diverses villes du Canada, dont Ottawa, Sydney Cap Breton, Halifax, Antigonish, Toronto et Victoria. En 1991, après un bref passage dans une école de théâtre, elle a voyagé pour la première fois à l'étranger, en Thaïlande, dans le cadre d'un programme d'échange pour les jeunes. Depuis son séjour dans les régions rurales du Nord-est de la Thaïlande, votre interprète culturelle a continué à travailler dans le domaine du développement pendant plus d'une décennie et s'est rendue pour la première fois au Liban en 1996 en tant qu'adjointe de recherche d'un professeur qui menait une étude sur les institutions civiles et le développement. Elle y est ensuite retournée en 2001 et 2003 pour se joindre à une ONG locale et travailler dans le domaine de l'égalité des sexes et des droits des femmes. Elle réside actuellement à Toronto, en Ontario (Canada), où elle poursuit des études de doctorat dans le même domaine.
Aperçus-pays/Enjeux interculturels visent à fournir un aperçu des normes sociales et culturelles générales et du milieu de travail auxquels un Canadien devra probablement s'adapter dans un pays en particulier. Nous offrons un aperçu de chaque pays de deux points de vue différents : celui d'un Canadien et celui d'un natif du pays d'accueil. Vous pourrez vous faire une idée de la culture de ce pays en comparant le point de vue canadien et le point de vue local. Nous vous encourageons à poursuivre vos recherches à l'aide d'autres sources et à utiliser le processus d'évaluation Triangulation. On demande aux interprètes culturels de s'appuyer sur la plus vaste expérience possible pour formuler leurs réponses. Cependant, ces dernières doivent être considérées comme un point de vue qui reflète le contexte et les expériences de l'auteur, il ne s'agit pas de commentaires sur un groupe ou une société en particulier.
Il est possible que vous soyez en désaccord avec le contenu de quelques réponses. Il faut même s'y attendre, vu la complexité du sujet et des problèmes associés aux commentaires généraux sur un pays et un peuple au complet. Nous vous encourageons à nous faire part de vos expériences, car vos commentaires nous aideront à faire d'Aperçus-pays un riche milieu d'apprentissage.
J'ai pris connaissance de l'énoncé ci-dessus et je comprends que les réponses ne reflètent aucunement la politique officielle et les opinions du gouvernement du Canada, d'Affaires étrangères Canada ou du Centre d'apprentissage interculturel.